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09/02/2021

L'association Jeunesse Accompagnement social Activités adultes et citoyenneté

L'identité en question // philosophie

REFLEXION DU GROUPE PHILO : L'IDENTITÉ

 

« Quand on croit atteindre l’identité, on la trouve pulvérisée. »

Lévi-Strauss

 

C’est pourtant à cette notion difficile et très polémique que nous avons décidé de nous confronter !

Que signifie être le même ?  Être ressemblant à s’y méprendre à un autre ou rester soi tout au long de son existence ? Deux sens se dégagent à partir de ces questions : si nous recherchons ce que l’on partage avec d’autres (langue, couleur de peau, goûts…) on parlera d’identité qualitative.Si nous pensons à ce qui fait qu’un individu reste identique à lui-même, on évoquera l’identité numérique. Dans ce cas, on veut désigner l’unicité d’un être, ce qui le rend différent de tous les autres, unique. Il faudrait ajouter l’identité spécifique qui veut dire l’appartenance à une même espèce. Ainsi, pour être cet homme, Socrate par exemple, il faut être un homme. Deux choses peuvent donc être très ressemblantes, au point qu’on les confonde, elles n’en restent pas moins numériquement différentes puisqu’elles sont deux. Il en est de même pour deux jumeaux monozygotes (du même œuf) qui peuvent paraître parfaitement semblables mais qui parce qu’ils sont jumeaux n’existent pas un, mais encore une fois, deux.

Mais dirons-nous, un enfant qui grandit, un chêne qui perd ses feuilles en automne, une fleur d’abord en bouton et qui va éclore, dirons-nous qu’ils restent les mêmes et si oui, en quel sens ? Derrière ces exemples surgit une question que nous nous posons parfois : suis-je le même qu’hier et serai-je la même personne plus tard ? Qu’est-ce qui m’assure de cette permanence ? Dit autrement, l’identité est-elle incompatible avec le changement et devons-nous la comprendre en la faisant coïncider avec l’immuabilité, le fait de rester toujours le même à travers le temps ? D’où le lien étroit qui relie l’identité et l’existence car avant d’être tel ou tel, il faut d’abord être.

En conséquence derrière les interrogations liées à la logique, à la psychologie ou à la sociologie, l’identité concerne l’existence elle-même. Aujourd’hui cette question traverse notre temps. Cependant, loin de toute préoccupation métaphysique elle exprime d’abord des revendications diverses qui toutes témoignent du désir du même : ainsi de l’identité culturelle, religieuse ou personnelle. Le vocabulaire employé confirme cet intérêt depuis les titres de certains magazines reprenant à leur compte Descartes pour demander « qui suis-je ? » jusqu’aux managers d’entreprises parlant de l’ADN de leur Groupe ! Or, ne faut-il pas lire dans ces attentes une fiction, une pure illusion, une « fable philosophique » pour reprendre le titre du livre d’Ali Benmakhlouf dans la mesure où ce qui est recherché dans une telle approche souvent sécuritaire, c’est ce qui échappe au devenir, à ce qui pourtant demeure l’ultime problème ? Fuir le changement est-ce vraiment se donner les moyens d’atteindre ce qui constitue l’identité d’une personne ou d’une culture toujours vouées à exister dans le temps ?


Où chercher le même ?

Prenons un exemple :

Une illustration de la complexité de notre notion d’identité se trouve dans la légende de Thésée, rentré à Athènes vainqueur du Minotaure, sur un navire à trente rames. Pour continuer à célébrer la victoire du héros et pour en préserver la trace sur le bateau, les athéniens vont peu à peu remplacer les planches usées de ce navire par des planches neuves jusqu’à opérer une rénovation totale qui ne porte plus aucune trace du bateau initial. Est-ce le même bateau, avons-nous affaire à deux objets différents ou qui se ressemblent ? Remarquons que cet exemple vaut aussi pour chacun d’entre nous lorsque nous prenons conscience des modifications de notre organisme, de notre corps.  Bref, que disons-nous en disant les le bateau de Thésée reste le même ? ? Comment ne pas reconnaître dans cette approche une vision essentialiste que l’on trouve chez Platon dans le Banquet ?

A ce niveau, on postule en effet que l’identité trouve son fondement sur un fond inaltérable qui échappe au devenir. C’est la possession de certaines caractéristiques qui justifie que l’on parle de permanence et par voie de conséquence de différence entre les êtres comme entre les cultures.  Parler d’essentialisme c’est dire que l’identité ne peut être donnée à partir de l’apparence sensible mais dans une réalité invisible et immuable.

Pourtant, l’essentialisme ne porte-t-il pas en lui le risque d’enfermer les êtres dans une identité fermée, figée, immuable ? Ainsi de certains mouvements racistes, féministes, anti raciste ou anti féministe qui émettent des jugements définitifs sur un individu ou sur un groupe. D’où aujourd’hui un rapport très critique à l’essence que l’on tend à rejeter au nom de l’existence, notion au centre de la philosophie de JP Sartre. N’est-ce pas ce danger inscrit dans l’essentialisme que dénonce E Badinter lorsqu’elle déclare : « Il faut en finir avec les utopies, les préjugés, les stéréotypes. Je pense qu’on ne nait pas femme, on le devient mais on ne nait pas homme non plus, on le devient. Que c’est un long chemin pour les uns et pour les autres et il faut que l’on comprenne que ce n’est pas parce que l’on a telle conformité du corps et des organes génitaux que l’on va acquérir une identité qui est toujours culturelle. »

L’identité ne serait-elle qu’une construction, ce qui permettrait de la saisir comme une illusion engendrée par le temps ? Comment articuler le même et l’autre pour penser l’identité ? Autant de questions auxquelles nous nous trouvons confrontés.

A l’heure à la recherche de l’identité est très forte nous commencerons notre recherche en interrogeant l’identité culturelle mais ce sera la prochaine fois !


Agnès Veillet.


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